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La "neutralité journalistique", ça n'existe pas.

La "neutralité journalistique" n'existe pas pour plusieurs raisons.


Le journaliste lui-même.


L'objectivité parfaite n'existe pas.

Chaque journaliste est une personne avec ses propres expériences, ses propres croyances, et ses propres biais plus ou moins inconscients.


Rien que décider quel sujet est important, ce qu'on traite en priorité, brise le concept de "neutralité journalistique" parce que ce choix dépend de la subjectivité du journaliste (de ce que lui considère comme important et/ou prioritaire, lui ou sa rédaction).


Exemple: moi, j'estime que la "perte" de 66 milliards d'euros en un an est un sujet important et prioritaire, que j'aurais dû voir, comme la Covid, dans tous les journaux, à toutes les heures.

Les journalistes, eux, ont considéré que la neige et le verglas étaient des sujets plus importants et plus prioritaires, raison pour laquelle ils en ont tous parlé, toutes les heures.


Le choix des sujets n'est pas neutre.

Il ne peut pas l'être parce qu'il dépend de facteurs tels que l?audience, les intérêts commerciaux ou les priorités éditoriales.

Ce choix reflète donc inévitablement une vision du monde.


Les biais du journaliste peuvent donc influencer la sélection des sujets, mais aussi la manière de poser leurs questions, ou encore le choix des mots.


Même exemple: les titres ont parlé de "Situation interpellante" en ce qui concerne la "disparition" de 66 milliards en un an.

Interpellant, le fait de filer quasi 30% du budget national à des ASBL, sans savoir lesquelles ni pourquoi?


Notez l'effet de cet adjectif sur vous.

Notez l'influence qu'il a sur la perception du public concernant cette nouvelle.

"Interpellant" a été choisi pour désamorcer une émotion plus vive de la part du public.

Il ne faudra pas mettre le feu aux poudres...


Cet exemple illustre à merveille comment les mots employés par les journalistes façonnent la manière dont une nouvelle est reçue, orientant subtilement mais certainement l?opinion de leur audience.


Même sans intention consciente de prendre parti, la manière dont un article ou un reportage est construit favorise une interprétation spécifique de la part du public. Alors, imaginez quand c'est fait consciemment...


Le cadre éditorial dans lequel évolue le journaliste.


Les médias dépendent de financements publics ou privés et publicitaires.

Ces dépendances influencent forcément leur ligne éditoriale.


Exemple, un média subventionné par un gouvernement (RTBF) ou soutenu par un milliardaire (CNews) vont adopter des lignes éditoriales favorables à la main qui les paye et donc, orienteront leur public vers une vision du monde, propre à ceux que le média sert en réalité.


Le public lui-même n?est pas neutre: les journalistes, conscients de cela, peuvent être tentés d?adapter leurs récits pour répondre aux attentes de leur audience.


Exemple: un même sujet est traité,parfois, fort différemment par La Libre et Le Soir (quand les sujets sont traités, bien entendu. Ils sont rigoureusement identiques lorsqu'ils copient/collent les dépêches de l'AFP). Et c'est bien l'ennui, voyez-vous.


L'ennui, c'est que tout ce petit monde continue à nous vendre de la "neutralité journalistique" pour se dédouaner de l'opacité sur leurs valeurs, leurs biais et leurs choix éditoriaux.

Opacité qui empêche leur audience de bien comprendre d'où provient l?information et de la contextualiser.


Parce que leur objectif n'est plus (pas) d'être neutres, rigoureux, éthiques et fidèles aux faits mais de vendre une idéologie (celle de ceux qui les payent, généralement) dans un contexte de guerre culturelle permanente, dont l'enjeu est notre cerveau et notre adhésion.